photo eipho
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dimanche 18 mai 2008

Sous mon rein, sous ma reine


Mon pain sent le caoutchouc, il sent bon le pneu brulé
les sièges de ma voiture sont fait de pain, farine grillée
les miettes élastiques c'est ceinture formalité
c'est trois ptits points bien routiniers
je mâche du pain mou et contrôlé par un évier
mes papiers sont chewing-gum levain très entassés
rangés dans une boite four gants à charbonnier.
J'ai chaud ça transpire, les ptiots pains qu'on admirent
tout se qui croque et s'éparpillent
sous mes sièges, mes tapis, dans mes cheveux
en mes dents, m'aidant l'aspirateur d'Adam
tombe dans une flaque, l'aquaplanning, faute de planning
s'imbibe d'eau, le pain est bon pour les oiseaux.
Mon caoutchouc, cher caoutchouc
je ne peux concevoir, te voir en la décharge passoire
tes formes grillées, tes bonnes odeurs brulées s'évaporer
ça coagule, détournons les yeux mille morceaux messieurs
ma voiture de pain est une épave ce matin
ma voiture matin est une épave pain c'est certain.


mercredi 14 mai 2008

Nos repas routes

photo eipho
Où vas-tu dormir qu'elle me demande.
Quelle drôle de question, crois-tu sur les nuages, dans les arbres, au sommet d'une église ? _ Par terre, pardi.

Ici je suis son regard, je suis dans son regard
et il se porte sur une gouttière, puis l'ouverture d'une cheminée.
Cette maison, qu'on y rentre par la porte ou par la cheminée ce n'est plus la même à l'intérieur.
Pardon, aurais-je voulu lui dire.
Soudain, toutes les voitures en bas de chez nous stoppent.
Il est 12: 26 et des odeurs de cuisine nous montent aux narines.
Je regarde les gens immobiles aux volants de leurs autos, tout s'est arrêté, il n'y a plus le moindre bruit.
Alors machinalement on s'aperçoit lancer un soupir de soulagement.
Le calme, le silence.

Voilà où je pourrais dormir, il n'y a qu'à choisir.
On ouvre une portière, n'importe laquelle et on s'installe sur la banquette arrière.
Demain je me retrouverai ici, vois-tu sur la carte ?
Toi tu seras là.
Alors elle lance une nouvelle route sur la Terre,
une nouvelle terre sur ma route,
une route de coton d'un seul mouvement de bras.
Ton voyage de sommeil sera meilleur qu'un rêve,
ton chemin un courant d'air chaud et moi et moi et moi je t'attendrai.

J'ai vu cette route toute droite s'étendre jusqu'à l'horizon
et le temps de me retourner elle était déjà derrière moi.

Il est 12: 26, mon voyage autour de la Terre a duré seulement le temps
de vous dire tout ça et maintenant, j'ai faim.
Crois-tu que je pourrais te manger lui ai-je demandé,
au moins juste un peu ?
Alors on a fait l'amour, l'amour ou deux âmes qui s'entourent
on s'est régalé.
On a mangé les routes, les pistes et puis
les sentiers et puis..
les distances et puis..          les cœurs tout noirs.

Nos cœurs chaque soir, jamais plus ne se meurent
je suis son regard, je suis dans son regard
j'essuie de sa mémoire, ses larmes noires.


mardi 13 mai 2008

Douguidag

photo eipho


Dig dag Douguidag sent les fruits de mer
                          sent le crustacé.
Dig dag Douguidag se promène avec un hérisson blond au bout d'une laisse
celle-ci peut faire le tour du monde.
Dig dag Douguidag porte un parasol de l'autre main
qui lui sert de radeau pour traverser les mots liquides.
Dig dag Douguidag est sur le point de sortir un nouveau dictionnaire
un sur lequel il travaille depuis trop longtemps.
Quatre ans dans son ancienne vie et
mille quatre cent soixante jours dans sa nouvelle.
Son autre lui ayant pris le relais.
Dig dag Douguidag n'a que 4 ans et dispose déjà d'un doctorat d'État.
Dig dag Douguidag marche à l'envers et nous dit:
« rella y siav ej »
Alors il commence à lire:

J'ai les yeux couleur de citron
et ma tête me vient d'Avignon
j'ai le nez qui sent pas très bon
et ma bouche est faite maison
mon corps est un baluchon
et mes bras sont comme des avions
j'ai mes fesses dans une maison
et mes pieds touchent l'horizon
mes oreilles sont comme les saumons
et ma langue appâte les poissons
mes cheveux des pièges à pigeons
et mes dents sont celles d'un gros lion
j'ai les jambes en réanimation
et mes doigts sont comme du béton
aussi je vous le dis, ce n'est qu'une chanson.


Dig dag Douguidag se tait, lève lentement la tête
fait tourner ses yeux à droite à gauche et attend une réaction.
La réaction ne vient pas, Dig dag Douguidag n'a fait rire que lui.
Alors Douguidag nous raconte une autre histoire
celle de Omar Jean-jean, enivré d'un jour frais.

Omar Jean-jean pensait que s'il dormait nu dans un champ et que s'il plantait sa tige dans la terre toutes les nuits, elle allait pousser.
Tel aurait été le souhait de sa femme se disait-il.
Aujourd'hui à son boulot, derrière son poste de travail et connecté à Interclair, il lui écrivait.
Cinq minutes plus tard il recevait la réponse qui suit:
« Écoute, il faut un peu espacer ces pratiques, j'ai vraiment du mal à m'asseoir »
Omar Jean-jean se questionnait et visualisait le message dont il était l'auteur.
Il comprit aussitôt et saisit l'importance de la situation.
Au lieu de lui écrire « coucou » il avait intervertit une lettre, ce qui donnait " couocu "
C'est un accicroc, lance t-il, je n'y songeais même pas.
Il réfléchit longuement et envoya sa réponse:
Décidément ma pauvre fille, tu ne penses qu'à ça,
manges plus de légumes et tu auras les fesses plus charnues,
mais c'est quand même curieux qu'après une semaine...


Dig dag Douguidag se redresse doucement et contemple tous les regards dressés sur lui. L'assemblée reste de marbre.
Dig dag Douguidag se sent tressaillir et entame un dernier discours:

                             - m-oa ma-voa -
Oh je chante quand je pleure, ex-cusez j'aime ma-voa
elle transperce mes joues, rayons lumin-eux, lumine d'eux c'est affreux.
J'ai avalé les chansons d'un soleil depuis mes tous débuts,
le grand phare dans la nuit pour peu qu'on ferme les yeux,
on ne fait pas d'os vieux quand on est lumineux.
Les airs se voient, c'est chaud mais ne brûle pas,
je chante après la douche et nul besoin de babouches,
mon vrai nom est Katapouche à la voix de manouche,
c'est m-oa c'est ma-voa.


Dig dag Douguidag hésite à tendre la main
mais finalement il ramasse son écuelle et disparaît.